Cinq études pour quatre altos

Cinq études pour quatre altos, 2003-2005
pour 4 altos
durée : 14 minutes
Oeuvre Pédagogique

Commande du Conservatoire Supérieur de Musique de Paris

Notes de programme

L’idée d’écrire pour un quatuor d’altos m’a séduit par les grandes possibilités expressives de registre, de couleurs et de timbres contrastés propres à cet ensemble.
En tant qu’œuvre pédagogique, l’intérêt était notamment de sensibiliser les étudiants à la musique contemporaine. Dans cette musique, le répertoire offert n’est en effet pas simple à aborder par des élèves, car les œuvres sont dans leur ensemble très difficiles et demandent beaucoup de temps, pour être correctement montées.

À la suite des discussions avec Christophe Desjardins, qui m’a proposé d’écrire cette pièce, j’ai entamé le travail d’écriture sur la base de certaines contraintes relatives au langage contemporain : intonation, mise en place, indépendance et rythme.
De ce fait, ces études sont un concentré des difficultés ayant pour objectifs les éléments cités ci-dessus. À ceux-ci, j’ai rajouté un cinquième élément : la phraséologie, selon l’explication que Busoni en donnait déjà en 1905 : chaque instrument, qu’il joue en solo ou dans l’ensemble, suit sa propre phrase musicale jusqu’au bout. La phrase doit être jouée du début à la fin avec sens.
La difficulté technique des parties du quatuor est travaillée dans un ordre décroissant : le premier alto est le plus difficile, il est joué par le professeur, le deuxième est moins difficile que le premier mais, cependant, plus difficile que le troisième et quatrième alto.

L’analyse des mouvements

Le premier mouvement aborde un travail sur l’intonation, l’écoute et le relais, à travers la circulation de la mélodie entre les quatre instruments. Le jeu est construit sur la base d’une voix principale et des résonances. À tour de rôle, les quatre altistes « prennent la parole » puis, la cèdent à quelqu’un d’autre. Cette « prise de parole » est annoncée par un pizzicato.
La difficulté de ces relais est de changer de rôle, parfois sans avoir à ré-attaquer la note (une note de résonance, devient à un moment donné première voix, sans s’interrompre mais seulement par une modification de son expression).
Ce mouvement peut servir pour commencer un travail d’ensemble car il permet de s’accorder, dans tous les sens du terme.

Le deuxième mouvement est basé sur la modulation métrique et la synchronisation. Les étudiants sont sollicités pour apprendre l’anticipation, la clarté dans le jeu ainsi que la perceptibilité des changements. La modulation rythmique demande un détachement de son propre tempo pour suivre la pulsation de quelqu’un d’autre. Concernant la synchronisation, le travail est réalisé sur la base de l’accélération et du rallentando.
Ces éléments de la musique étant très difficiles à surmonter par des étudiants, l’enjeu a été de dimensionner les difficultés à leur niveau. L’atout de ce mouvement est qu’il permet aux élèves de mesurer le résultat d’une manière très concrète.

Le troisième mouvement a pour objectif de faire travailler difficultés rythmiques, modes de jeux et articulations. J’ai en même temps, voulu faire découvrir un aspect de la musique traditionnelle argentine. J’ai donc choisi d’écrire sur un rythme de « Chacarera », danse folklorique très intéressante en 3/4, dont la particularité est d’avoir les accents déplacés (contrairement à la Valse) : premier temps presque absent, deuxième temps accentué et court et troisième appuyé.
L’enjeu de ce mouvement est de comprendre le langage et le style d’une musique méconnue, tout en travaillant la technique, la vitesse et les difficultés rythmiques.

Le quatrième mouvement est composé sur le principe de l’hétérophonie. La phrase musicale, qui est jouée en boucle par les quatre altos, est légèrement décalée, ce qui provoque une perte de repère chez les étudiants. Afin de faciliter l’écoute, l’intonation, le mélange de timbres et les imitations serrées, le travail est simplifié en ce qui concerne les positions de la main gauche.

Le cinquième mouvement explore les possibilités du Pizzicato où, le synchronisme et les nuances (en tant que difficultés de ce mode de jeu) sont ici travaillés. La rythmique est basée sur des aspects du tango (le tango d’origine, moins « pathétique » et plus espiègle). Ce mouvement est une référence à cette musique, c’est pourquoi il porte le sous-titre « autour du tango ».

Création et performances passées (liste non exhaustive)

Création: Stage d’alto et de musique contemporaine animé par Christophe Desjardins
28 novembre 2003, Conservatoire Supérieur de Paris

Création de la cinquième étude : Biennale Musiques en Scène 2006-GRAMME, Lyon

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